Quand BORDO FM part à la rencontre du livre !


23 février 2021

La librairie "Le pavé dans la Marge" a ouvert en plein cœur du centre-ville de Mérignac,

 

Nous avons rencontré Julie Sigougneau afin qu'elle nous parle du premier bilan de fréquentation de la librairie. La gérante de la librairie répond à nos questions pour BORDO FM ! 

 

EG : Bonjour ! Vous êtes installée depuis le 5 janvier à Mérignac Centre avec votre librairie « Le pavé dans la marge ». Comment vous est venue l’idée de vous installer au centre de Mérignac ?

 

Julie SIGOUNEAU : Cela fait longtemps que je travaille dans l’univers du livre puisque j’ai été libraire. Je suis devenue représentante pendant 12 ans pour un grand groupe d’édition et je sillonnais l’ensemble du Sud-Ouest. Il m’est apparu que cette commune de 70 000 habitants souffrait d’un manque puisque Mérignac n’était pas équipée d’une librairie indépendante. Ce qui était pour moi une anomalie dans la grande région Sud-Ouest ! Moi-même étant originaire de Mérignac, je me suis toujours dit qu’un jour si les choses restaient en l’état, c’était peut-être vers Mérignac j’allais ouvrir une librairie. Il s’est alors avéré que la restructuration du centre-ville m’a laissé penser qu’effectivement le temps était certainement arrivé pour murir un projet de cet ordre là dans cette ville qui pour moi avait un potentiel important avec une vie culturelle foisonnante. Et dans cette vie culturelle, j’ai pensé qu’une librairie pouvait s’intégrer.

 

EG : Quel est le premier bilan que vous tirez de ce premier mois d’ouverture ?

 

Julie SIGOUNEAU : Alors, le bilan est très positif, l’accueil a été extrêmement chaleureuse. Je dirai que l’adoption par les mérignacais de cette librairie pour l’instant se passe très bien. Je pense qu’il y avait une véritable attente de la population de Mérignac quant à avoir une librairie dans ce centre-ville … et je dirai même d’avoir animation globale culturelle dans ce centre-ville qui était déjà à l’œuvre avec le cinéma, le Pin Galant, la médiathèque et le festival de photographie. Il y avait déjà tout un terrain très propice, mais, là le bilan est très positif puisque les gens sont contents de nous retrouver et nous sommes aussi contents de les rencontrer. Donc, pour moi c’est vraiment un joli rendez-vous qui a bien eu lieu, et nous nous sommes contentes d’avoir pu faire cette proposition. Nous sommes aussi contentes du retour qui nous est fait parce qu’il y a une relation qui est en train de se nouer.

 

EG : Que pourra-t-on y retrouver ? Etes-vous plus sur un positionnement généraliste ou bien thématique ?

 

Julie SIGOUNEAU : L’idée c’est d’essayer d’avoir une représentation de l’ensemble de l’offre éditoriale française. Donc on n’a pas de spécialisation, mais on a des segments que l’on développe particulièrement parce que c’est notre compétence. Aujourd’hui, les retours des clients nous font évoluer et les segments que l’on a beaucoup plus soignés parce qu’on les connait bien, c’est la jeunesse et la BD, la littérature et la documentation. Mais tous les autres segments vont être développés, à savoir la cuisine en dépit de certaines thématiques que l’on essaie de mettre en avant. Nous sommes actuellement dans une phase d’interrogation avec la situation actuelle et la thématique du « pratique » comme le jardin et la cuisine est en train de gagner du terrain. Nous allons vers un retour de l’appropriation de choses que l’on savait faire auparavant et dont on a perdu l’usage avec le temps. C’est un retour de l’apprentissage de faire par soi même certaines choses. Le Beaux-arts est un segment que l’on va aussi développer dans les mois qui viennent, et notamment des axes particuliers parce que le Beaux-arts est extrêmement large. À Mérignac, nous avons un très beau festival de photographie et nous sommes en discussion avec des institutions de ce festival pour que la photo devienne un axe majeur. D’autant que notre goût à Claire et moi-même, qui travaillons dans la librairie, nous porte vers la photographie car c’est un thème qui nous plaisait avant même que le projet de la librairie soit fait. Nous sommes aussi très à l’écoute de la demande des gens et nous avons eu beaucoup de demande sur l’architecture, l’urbanisme, et on essaie de répondre à cette demande. On a eu beaucoup de demande sur la littérature en VO, or ce n’était pas un sujet mais désormais ça le devient. On commence à demander des listes spécifiques que les gens souhaitent parce qu’il faut passer par un grossiste et acheter en quantité car les frais de port sont importants quand il s’agit de l’étranger. Après, pour les autres segments de la librairie, la SF est un pôle que j’avais envie de développer aussi parce que j’ai beaucoup travaillé en littérature étrangère, et aujourd’hui j’ai une envie d’évasion. Avec le confinement, nous sommes aujourd’hui dans un scénario de SF, j’ai donc envie de voir ce que les auteurs de la SF vont pouvoir nous inventer comme scénario. Je trouve totalement intéressant de savoir ce vers quoi ils pourront aller ! Il y aussi la poésie qui est une thématique que j’ai envie de développer parce que je pense que l’on a tous besoin de s’évader d’un quotidien qui est parfois un peu lourd. Et la poésie contemporaine, nous aide aussi à faire cela. Bien sûr nous avons Rimbaud, Verlaine et les grands classiques… Mais je pense aussi à de la poésie très contemporaine avec des jeunes auteurs qui ont une trentaine d’année et qui aujourd’hui font des choses magnifiques en poésie en s’adressant à tout le monde. Personnellement, je ne suis pas formée en poésie, mais il n’empêche que quand je lis un livre de poésie, cela m’évoque des choses et cela me fait m’évader.

 

EG : Pour finir, quel livre du moment, conseilleriez-vous ?  

 

Julie SIGOUNEAU : Alors, il y a beaucoup de livres que je conseille à l’heure actuelle pour différentes raisons. Dans l’univers des polars je conseille énormément de lire le livre de Dolores Redondo qui s’appelle « La face nord du cœur ». C’est un très bon polar qui se passe lors de l’ouragan Katrina en Nouvelle-Orléans. Je conseille aussi beaucoup Hervé Le Corre qui est un auteur du coin puisqu’il écrit sur Bordeaux et il a d’ailleurs écrit un dernier opus qui se passe encore à Bordeaux. En littérature, j’ai quelques auteurs que je suis depuis très longtemps mais qui ne sont pas forcément des auteurs très connus ou alors qui gagnent à être connus. Et notamment je recommande vraiment Gaëlle Josse avec son livre de consolation qui parle des accidents de la vie et de comment la lumière rentre de nouveau dans une vie qui a été cabossée à condition qu’on laisse le temps aux choses pour apaiser les plaies. J’ai un document qui en ce moment me fascine complétement. C’est l’histoire d’un homme qui a vécu pendant 7 ans avec un chevreuil dans la forêt normande… Je trouve cela complétement fascinant comme expérience puisque cet homme est vraiment dans la nature et son discours est très intéressant lorsqu’il décrit comment il se lavait. Il explique et rappelle que la nature n’est pas sale puisqu’elle recycle tout ce qu’elle produit comme déchet. Il n’y a donc pas de déchet à proprement parlé dans la nature. Et je trouve que, pour une personne qui a passé pratiquement 7 ans au fond de la forêt, j’aurai bien envie de lui consacrer quelques heures pour lire son retour d’expérience. D’autant que cette forêt n’est pas si éloignée de chez nous et que c’est le genre de forêt que tout le monde connait et où on a été amené à se balader. Donc ça je trouve cela assez fascinant ! Il y a beaucoup de livres aussi qui pensent le monde d’aujourd’hui, et je pense à des livres de philosophie avec Bruno Latour ou Matthew Crawford. « L’éloge du carburateur » de Matthew Crawford je l’ai d’ailleurs relu récemment, et c’est un livre qui nous rappelle comment le travail des ses mains redonne du sens à l’existence. Des métiers qui ont été parfois décriés c’est-à-dire que l’on a considéré qu’ils étaient un peu des voies de garage y sont mis en avant. Il explique comment il a quitté un poste de col blanc pour revenir à un poste de col bleu qui consistait à réparer des moteurs de moto, et comment celui a permis de remettre du sens dans sa vie. C’est-à-dire qu’à la fin de sa journée, quand quelqu’un arrive avec une moto dont le moteur ne fonctionne et qu’il repart avec la moto dont le moteur refonctionne, cela remet du sens dans sa vie. Concrètement, il a pris quelque chose qui ne fonctionnait plus pour rendre quelque chose qui fonctionne ! Je pense aussi aux jeunes d’aujourd’hui, c’est-à-dire la génération qui a 20 ans en ce moment, et qui sont en train de vivre une épreuve à travers laquelle ils vont réussir par la suite à transformer le négatif en positif. C’est une épreuve difficile pour eux, et je pense qu’il faut aussi leur donner des éléments positifs pour leur montrer qu’il y a plein de métiers qui se sont développés. On a beaucoup prôné les métiers intellectuels et la France est un pays où le tertiaire est très important. Mais on voit qu’aujourd’hui, ce qu’il nous manque ce sont les personnes qui savent faire des outils qui font notre protection comme le gel hydroalcoolique ou les masques. Toutes ces choses, on ne sait plus le faire puisqu’ on est devenu un pays tertiaire c’est-à-dire un pays de banque, d’assurance … Et le savoir-faire avec ses mains, quelque part il nous manque ! On voit beaucoup de personnes qui décrochent, qui ne sont pas bien dans leur vie, pas bien dans leurs baskets parce qu’elles ont perdu une forme de sens. Peut être qu’aussi la société devrait s’interroger collectivement sur le regard que l’on porte sur le plombier, sur l’électricien, sur celui qui fait de ses mains et qui à la fin nous permet de nous chauffer, d’avoir de l’électricité, d’avoir de la lumière. Ce sont ces personnes qui sont derrière tout cela et je pense que leur métier est quand même extrêmement important et au cœur de notre vie. Moi-même j’ai un parcours où j’ai été représentante et je parlais de livres. Pour moi, revenir à la librairie c’est faire, c’est-à-dire qu’être libraire ce n’est pas être intellectuel même si on lit beaucoup. Nous on déballe des cartons à longueur de journée, c’est donc beaucoup plus physique que ce que l’on peut imaginer. On range beaucoup … oui on lit, mais ce n’est pas parce qu’on lit beaucoup de livres que l’on est plus malin que les autres. Ça nous ouvre vers d’autres espaces, mais le métier de libraire je ne l’ai jamais considéré comme un métier intellectuel. Quand on est vraiment dans le quotidien du métier de libraire, on fait avec nos mains et on est au milieu des cartons, on transporte des livres qui s’ouvrent. C’est un métier qui est physique, et le soir on est fatigué mais sainement. On dort bien, on a la tête qui est pleine de choses extrêmement épanouissantes et physiquement notre corps a travaillé aussi. Quand on voit notre boutique qui est bien organisée, on est satisfaite. Et quand les gens trouvent ce qu’ils cherchent, on est contente ! Et cela, repose dans le savoir-faire de ses mains …

 

EG : Je vous remercie !

Eric Ghaffar ; Florian Wagenheim 

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